Au mètre carré, Monaco abrite peut-être plus d’art dans ses rues qu’aucun autre pays. Plus de 200 sculptures, mosaïques et installations se dressent à ciel ouvert — un Calder près de la plage, un de Chirico sur le Rocher, un Anish Kapoor sur la place du Casino — et chacune se découvre gratuitement, à toute heure, en toute saison.

Rien de fortuit : le prince Rainier III a acheté et commandé des œuvres pour l’espace public pendant des décennies, et l’État valorise aujourd’hui cette collection sous le nom de Chemin des Sculptures Rainier III, un parcours officiel doté de sa carte et de ses fiches d’œuvres. Ce guide passe en revue, quartier par quartier, les pièces qui méritent de traverser la ville — dont la plus grande de toutes, que la plupart des visiteurs ne voient jamais.

Comment un pays de deux kilomètres carrés est devenu un musée à ciel ouvert

La collection est en grande partie l’œuvre d’un prince. De la fin des années 1980 au début des années 2000, Rainier III a utilisé le Festival International de Sculpture de Monte-Carlo et une politique d’acquisition suivie pour installer des centaines d’œuvres dans les rues, jardins et places de Monaco — des maîtres modernes aux côtés de commandes passées à des artistes travaillant dans la Principauté même.

En 2023, pour le centenaire de sa naissance, la Direction des Affaires Culturelles a donné forme à cet héritage : le Chemin des Sculptures Rainier III, parcours patrimonial officiel de plus de 200 œuvres, chacune avec sa fiche accessible par QR code et sa place sur une carte interactive. On pourrait le suivre pendant des jours ; les sections qui suivent retiennent l’essentiel.

Fontvieille : le parc aux sculptures

La plus forte concentration se trouve à Fontvieille, le quartier gagné sur la mer — son parc et sa roseraie font office de jardin de sculptures de Monaco. En quelques centaines de mètres, on croise la Cavalleria Eroica d’Arman, la Grande Carpe de François-Xavier Lalanne (son bestiaire fantasque continue tout près — cherchez le Grand Ours et l’âne attelé), le surréaliste Frère et Sœur d’André Masson et le Torso Desperacion tourmenté de Victor Ochoa.

Le Jardin de l’UNESCO, au-dessus du port de Fontvieille, glisse d’autres œuvres dans quatre hectares de végétation méditerranéenne — dont Et le septième jour d’Alessandro Montalbano — avec les falaises du Rocher et le Palais Princier en toile de fond. Venez pour l’art, restez pour la vue.

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Le Rocher : le mythe, la mémoire et un chef-d’œuvre surréaliste

Monaco-Ville porte la strate narrative de la collection. Près du Palais Princier, la Malizia de Kees Verkade montre François Grimaldi, l’épée cachée sous sa robe de moine — la ruse de 1297 qui donna la forteresse à la dynastie, coulée dans le bronze pour le 700e anniversaire.

À quelques ruelles de là se dresse la plus belle pièce du Rocher : Ettore e Andromaca de Giorgio de Chirico, ses amants-mannequins métaphysiques figés dans un adieu — un jalon surréaliste de niveau musée devant lequel la plupart des visiteurs passent sans le savoir. Les Jardins de Saint-Martin ajoutent la strate du XIXe siècle, avec les bustes de l’impératrice Eugénie et d’autres le long des sentiers de la falaise, tandis que La Pieuvre d’Emma de Sigaldi — un poulpe de bronze — garde l’approche du Musée océanographique.

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Le port : du bronze de course et un roi errant

Au virage Sainte-Dévote du circuit du Grand Prix, le mémorial William Grover-Williams fige dans le bronze le vainqueur du tout premier Grand Prix de Monaco — 1929, sur Bugatti 35B — en pleine course. Chaque plateau de Formule 1 défile, en somme, devant sa propre origine.

Le long du Port Hercule, l’Ulysses d’Anna Chromý veille sur un port qui accueille les marins depuis l’Antiquité, tandis qu’une rue en retrait, Tebe in costume de Giacomo Manzù apporte à la Condamine l’œuvre d’un des grands sculpteurs modernes italiens. Côté quais, la Salle d’Exposition du Quai Antoine 1er programme des expositions temporaires, si vous voulez des murs et un toit avec votre art.

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Monte-Carlo : le quartier des grands noms — et l’œuvre invisible depuis la rue

Le quartier du Casino aligne les signatures majeures. Sur la place du Casino même, le Sky Mirror d’Anish Kapoor — un disque d’acier poli, don de Lily Safra — replie le ciel de la Riviera et la façade Belle Époque dans un seul cadre miroitant. Sur les terrasses de l’Opéra, la main monumentale fissurée de Bernard Bezzina tient un petit globe en équilibre sur un doigt, dévoilée par le prince Albert II en 2017. La Reina Mariana de Manolo Valdés transpose non loin les portraits de cour de Velázquez en volumes massifs, et le buste de Charles III — le prince dont le pari de 1866 créa Monte-Carlo — préside aux jardins qu’il fit naître.

Et puis il y a celle que la plupart ne voient jamais. Hexa Grace, de Victor Vasarely, est la plus grande œuvre d’art de Monaco : quelque 24 000 carreaux de lave émaillée ondulant sur 1 500 mètres carrés en bleus, verts et ors op art, baptisée en hommage à la princesse Grace. Elle couvre le toit de l’Auditorium Rainier III — invisible depuis la rue, elle ne se révèle en entier que depuis les terrasses du Casino et les hauteurs au-dessus du port. Une fois qu’on sait baisser les yeux, on ne la manque plus jamais.

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Larvotto : l’art les pieds dans le sable

Le front de mer mène la collection jusqu’à l’eau. Quatre Lances est un rare stabile d’Alexander Calder en plein air — des lames d’acier boulonnées qui ancrent désormais le nouveau quartier de Mareterra, du côté du Larvotto : le grand nom américain des collections monégasques. Sur la promenade, La Petite Sirène — l’hommage de Kristian Dahlgård, don de la communauté danoise de Monaco pour le jubilé d’or de Rainier III — fait écho à l’icône de Copenhague au-dessus du sable.

Continuez, et la distribution s’étoffe : Le Pêcheur de Gustave Dussart remonte son filet de la mer sur l’avenue Princesse Grace, rappel de ce qu’était cette côte avant les tours, et les Trois éléments de Bernard Bezzina s’élèvent plus loin sur l’esplanade. Peu de villes permettent d’alterner un Calder et une baignade.

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Le parcours : un seul itinéraire à travers toute la collection

Les œuvres ci-dessus s’enchaînent naturellement en un seul itinéraire — le parc aux sculptures de Fontvieille, la montée du Rocher, la descente vers le port, la remontée vers les terrasses du Casino et la sortie le long du front de mer du Larvotto. Notre Parcours des sculptures à ciel ouvert le trace en treize étapes sur environ six kilomètres ; comptez une bonne demi-journée avec les pauses, ou coupez-le au Port Hercule en deux moitiés faciles.

Pour ajouter des intérieurs au plein air, la balade Art & Architecture inclut les deux villas du Nouveau Musée National, et le guide des jardins couvre les écrins de verdure où se tiennent nombre de ces œuvres. Chaque étape est gratuite — ce qui vaut à la collection une place de choix dans notre guide des choses gratuites à faire à Monaco.

Promenades

Questions fréquentes

L’art public de Monaco est-il gratuit ?

Oui — chaque œuvre de la collection à ciel ouvert est gratuite, sans billet et accessible à toute heure : les sculptures de Fontvieille et des Jardins de Saint-Martin, le Sky Mirror de la place du Casino, le Calder de Mareterra et toutes les autres. Seuls les musées et les expositions temporaires en intérieur sont payants.

Combien d’œuvres d’art publiques compte Monaco ?

Le parcours officiel du Chemin des Sculptures Rainier III recense plus de 200 œuvres à travers la Principauté — l’héritage des décennies d’acquisitions du prince Rainier III et du Festival International de Sculpture de Monte-Carlo. Et l’ensemble continue de croître au gré des ajouts et des réinstallations — le Calder, par exemple, ancre désormais le nouveau quartier de Mareterra.

Où peut-on voir Hexa Grace, la mosaïque de Vasarely ?

D’en haut — c’est toute l’affaire. Hexa Grace couvre le toit de l’Auditorium Rainier III et reste invisible depuis la rue. Le point de vue classique est le bord côté mer des terrasses du Casino, près de l’Opéra, en regardant vers le Port Hercule ; les hauteurs au-dessus du port fonctionnent aussi.

Quelles sont les œuvres les plus importantes de la collection monégasque ?

Les grands noms sont le stabile Quatre Lances d’Alexander Calder à Mareterra, Ettore e Andromaca de Giorgio de Chirico à Monaco-Ville, le Sky Mirror d’Anish Kapoor sur la place du Casino et la mosaïque de toit Hexa Grace de Victor Vasarely. Autour d’eux, des œuvres d’Arman, François-Xavier Lalanne, André Masson, Giacomo Manzù et Manolo Valdés.

Existe-t-il une carte officielle des sculptures de Monaco ?

Oui. Le Chemin des Sculptures Rainier III, géré par la Direction des Affaires Culturelles de Monaco, publie une carte interactive et la liste complète des œuvres, chacune avec sa fiche accessible par QR code. Notre Parcours des sculptures à ciel ouvert la condense en un itinéraire d’une demi-journée à travers l’essentiel.